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 Quand on rembobinne la cassette...

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Andrew Baskerville
Courgette divine et sexy


Présages :
437

Race  :
Vampire.

Métier  :
Scientifique, médecin à la solde de l'Expérience.

Nationalité  :
Australien.

Inventaire  :
Un paquet de cigarettes et un briquet.

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19/06/2015


MessageSujet: Quand on rembobinne la cassette...   Ven 17 Juil - 21:26


   

   
« Il était une fois la fin. »
neuf années et dix mois.
1
   Le bruit de la cassette rentrant dans le magnétoscope était un peu désagréable. C'était le genre de bruit qui nous donnait l'impression que quelque chose se rayait à l'intérieur de la boîte, bien qu'en réalité il s'agissait juste du rembobinage ; la longue pellicule d'images s'enroulant et se déroulant autour des deux moyeux, ces deux cylindres qui permettaient de contenir tout le contenu d'un film dans cette petite boîte en plastique noir, afin de renvoyer au bon endroit le début de la pellicule. L'action prenait toujours quelques secondes, puis le film se lançait enfin.

Les images qui défilaient étaient étrangement claires et saturées, comme si elles étaient délavées. En même temps, on ne pouvait pas dire que cette cassette n'était pas une des plus récentes, bien que maintenant on n'en utilise plus du tout. Au contraire, cette cassette était la plus vieille du carton qu'il avait retrouvé par hasard dans ses affaires. A en juger par la date qui était indiquée sur la tranche, le film qu'elle contenait remontait avant même la naissance de celui qui avait découvert le carton.

Ce dernier ignorait pourquoi il trainait encore ce genre de choses à son âge ; pourquoi il les possédait encore tout court d'ailleurs. C'est vrai ça, qu'est ce qu'on peut bien faire de vieilles cassettes familiales ? Surtout quand on n'a plus de famille. Certains diront que c'est pour nous rappeler de bons souvenirs, d'autres affirmeront qu'il faut s'en débarrasser : c'est encombrant et inutile, et de plus, on ne les regarde jamais.

On ne les regarde jamais. Pourquoi les garder alors ? Pourquoi les faire tout simplement ? Le monde a-t-il vraiment besoin d'enfermer sa vie dans une boîte qu'il ne rouvrira jamais ? A-t-il peur que s'il ne le fait pas, ces souvenirs qu'il pense si chers s'envoleront aussitôt comme s'ils n'avaient jamais été vécus ? Après tout, on ne sait jamais, il vaut mieux prévoir ; si un de ces dimanches pluvieux, dans un excès de nostalgie il nous prenait l'envie de revivre notre passé douloureusement confiné dans une boîte sous forme de pellicule imprimée.

Lui s'était posé les mêmes questions. Il avait trouvé le carton en débarrassant ce qui lui servait de fourre-tout : la zone située au dessus de son placard. Pensant que le carton était vide, il avait tiré dessus sans prêter attention à ce qu'il pouvait éventuellement contenir, et un flot de petits parallélépipèdes noirs, plus longs et larges qu'épais, s'était répandu sur le sol de manière bruyante, sous les yeux surpris et curieux de celui qui tenait toujours le bord du carton entre ses doigts, maintenant quasi vide.

Alors qu'il s'était dit que les garder ne servait à rien, il tomba sur cette fameuse cassette, la plus ancienne, celle qui était même plus vielle que lui. Pris par la curiosité, il avait cherché d'autres cassettes de la même époque parmi la tas de clones qui était étalé tout autour de lui, profitant de sa recherche pour ranger les autres de manière chronologique. Simple réflexe.

Malheureusement, il n'en découvrit pas d'autre. Celle-ci était la seule. Il s'était demandé pourquoi, et s'était dit dans la foulée que pour le savoir, il allait falloir regarder la fameuse cassette. Par chance, dans le carton se trouvait aussi un magnétoscope certainement tout aussi vieux qu'elle, qu'il mit un tempe fou à brancher correctement sur la petite télévision qui surplombait la commode de sa chambre. Il était septique, marchait-il encore ? Pourtant, dés qu'il pressa le flanc de la cassette contre l'entrée, celle-ci fut aspirée à l'intérieur du magnétoscope qui la rembobina, avant de lancer le film.

Le son étant bas, il saisit la télécommande pour augmenter le volume. La qualité des voix et bruits qui sortaient des enceintes de la télé était médiocre, tout semblait presque déformé. Néanmoins cela restait compréhensible, et il découvrit une partie de l'existence du monde, une partie qu'il n'aurait sûrement jamais pu connaître sans l'existence de cette cassette-là.

Sous ses yeux, de l'autre côté de l'écran, se tenait une femme plutôt jeune qui souriait au caméscope qui la filmait. Il devina qu'elle était brune sous ses cheveux d'apparence presque blonds à cause de cet effet délavé qu'affichaient les images. Elle portait une robe ornée de dentelles sur les manches et le col, et tenait entre ses mains gantées un bouquet de fleurs roses pâles, qui devaient être en réalité plus vives. Il ne remarqua pas tout de suite qu'elle portait également un voile qui faisait semblant de cacher son visage, à cause de la mauvaise qualité de l'image.

Il reconnut dans les trais de cette femme la mère qui était autrefois la sienne, il y a bien longtemps. Elle était sur le point de se marier avec son père. Elle semblait heureuse. Lorsque l'image montra l'allée qu'allait traverser la femme pour rejoindre son futur mari afin d'assister à la cérémonie, il céda.

Il accéléra le film afin de passer ce moment qui lui rappelait de biens amers souvenirs. Quand il remit la cassette sur lecture normale, le film lui renvoyait les images d’un petit garçon à la bouille d’ange qui gambadait joyeusement dans le grand jardin de la maison de ses parents. L’image tourna, indiquant que la personne qui filmait changeait de vue. Et le père apparut. De stature moyenne, la barbe naissance, il tourna la tête vers l’objectif et afficha un sourire des plus radieux, qu’il fixa un long moment, pour graver dans sa mémoire l’image estompée d’un père mort trop jeune.

Involontairement, il mit la lecture sur pause, puis éteignit brusquement le magnétoscope. Trop vieux, trop lointains, trop douloureux étaient les souvenirs de famille aimante et heureuse qu’il avait vécu. Il jeta un coup d’œil à la boîte où il avait ranger les cassettes dans l’ordre chronologique.

Il rangea celle qu’il visionnait dans sa boîte et la déposa dans un coin du carton. En se redressant, son regard accrocha l’étui d’une autre cassette, flanquée de la date « 01/12/1940 » ; la date de son anniversaire. Plus précisément de ses dix ans. Cet anniversaire qu’il n’oubliera jamais, qui restera graver dans sa mémoire.

Cet anniversaire gâché à cause de l’Expérience. L’Expérience, qui a changé sa vie à tout jamais.

Treize années et quelques mois auparavant…

Andrew jouait dans sa chambre. C’était une journée normale pour une famille normale. Rien ne semblait être sur le point de déclancher un changement radical dans la vie de la famille. Le soleil brillait, les oiseaux chantaient. On était courant septembre, l’automne se préparait doucement mais sûrement. Les parents du petit garçon profitaient des dernières chaleurs de l’été.

Quand le petit garçon reposa ses jouets pour rejoindre ses parents à l’extérieur, un cri strident retentit, déchirant le calme qui régnait, effrayant les oiseaux, faisant s’arrêter le temps. Un cri, qui annonça la nouvelle la plus inconcevable pour un enfant de presque dix années. En panique, Andrew se précipita dans le couloir, dévala les escaliers, manquant de glisser sur une marche, se cogna contre les murs et les portes. Il avaient l’impression que même sa maison l’empêchait de voir, de savoir.

Mais Andrew voulait savoir, il voulait comprendre ce qu’il se passait. Alors qu’il s’apprêtait enfin à passer la baie vitrée pour rejoindre le jardin, il vit une personne foncer vers lui et l’attraper pour le repousser à l’intérieur de la maison. Il reconnut l’odeur de sa mère mais tenta de la repousser, cherchant à voir le jardin par-dessus son épaule, et peut-être son père, car c’était lui qui avait crié, il en était certain.

« Non ! » hurla-t-il, se débattant de toutes ses forces pour se dégager de l’emprise de sa mère qui le supplier de se calmer, de ne pas faire de bruit.

Mais le petit garçon chouinait, il ne comprenait pas ce qu’il se passait. Sa mère continuait de l’éloigner, voulant protéger son fils, à défaut d’avoir pu sauver son mari.

Un coup de feu retentit. Le temps s’arrêta de nouveau pour le jeune Baskerville, mais cette fois il se tu, sonné par le bruit fracassant qui venait de se produire. Il sentait le corps de sa mère trembler. Elle s’était cachée avec lui quelque part dans la maison pour ne pas qu’on les trouve, qu’on leur fasse du mal, qu’on lui enlève aussi son fils.

Alors que les minutes s’égrainaient peu à peu, des pas se firent entendre dans la maison. D’instinct, la mère se recroquevilla encore plus en serrant contre elle Andrew qui s’était tu, maintenant incapable d’articuler le moindre mot.

Une voix, hésitante, mal assurée, résonna contre les murs :

« Il y a quelqu’un ? Je ne vous veux aucun mal, j’ai neutralisé le vampire. »

La mère releva la tête. C’était une nouvelle voix. Pas celle de son mari, hélas, mais pas celle du vampire non plus. Etait-ce lui qui avait tiré ? Pour le savoir, il fallait sortir de là, prendre un risque. Et si c’était un autre vampire ? Et si le coup de feu était un moyen de faire diversion ?

Dans sa réflexion, la mère relâcha son emprise sur son fils qui sauta de ses bras pour courir en direction de la voix.

« Andrew, non ! » cria-t-elle en tendant le bras pour le rattraper.

Mais c’était trop tard, le petit garçon avait déjà pris la fuite, mais se fit stopper par une main qui emprisonna son bras. Andrew cria et se débattit pour qu’on le lâche, mais l’emprise était trop forte.

« Calme toi ! Je ne vous veux aucun mal, à toi et à ta mère, je suis venu vous aider. » annonça la voix de tout à l’heure, se voulant plus douce, plus réconfortante.

Lorsque le petit garçon releva la tête, il découvrit un homme plutôt grand et mince. Il leva sa main libre au dessus de la tête en signe de pacifisme.

Malgré le fait qu’il aurait dû rester sur ses gardes, le jeune garçon se sentit soulagé de voir cet homme qui ne semblait pas leur vouloir du mal.

Il entendit des pas s’approcher rapidement d’eux. En tournant la tête, il découvrit sa mère, essoufflée et paniquée. L’homme relâcha la main d’Andrew et s’écarta un peu de lui, maintenant un écart suffisant pour suggérer une non-agression.

La femme soupira et prit son fils contre elle. Andrew remarqua qu’elle était tachée de sang et qu’elle l’avait sali. Il ne préféra pas y penser, mais se doutait qu’il s’agissait du sang de son père.

« Je crois qu’il vaut mieux pour vous que vous passiez des tests médicaux. » dit l’homme calmement. « On ne sait jamais. »

La mère obtempéra, ne se doutant pas qu’en acceptant ces tests, elle perdrait maintenant son fils.

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Dernière édition par Andrew Baskerville le Lun 3 Aoû - 23:24, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Quand on rembobinne la cassette...   Dim 26 Juil - 18:34


 

 
« Un aller sans retour. »
Le lendemain
1

 Le lendemain de l'accident, sur conseil de leur sauveur, Andrew et sa mère se rendirent à l'hôpital pour procéder à ce "test médical" dont il leur avait parlé. La mère y aurait dérogé volontiers si elle n'avait pas son fils a protéger également, et elle préférait s'assurait que tout allait bien pour lui, qu'aucun trouble ou traumatisme ne le suive plus tard dans sa vie.

Serrant la paume encore petite de la prunelle de ses yeux, elle s'approcha non sans ralentir le pas de l'hôpital. Elle le détailla du regard, ayant soudainement un doute. A vue de nez, l'endroit ne semblait pas tout jeune, et visiblement peu entretenu. Sur la façade qui devait être autrefois blanche et bleue s'étalaient des tâches grisâtres et jaunâtres. Le bleu était délavé, semblait couler le long des murs comme si la peinture n'était pas sèche. Pour couronner le tout, du lierre grimpait sur la façade, lentement mais sûrement, grattant des centimètres chaque année comme il le faisait sur les anciennes bâtisses ou les lieux à l'abandon. La mère n'aurait su dire si c'était pour l'une de ces raisons que l'extérieur de l'hôpital était en si piteux état, et aurait sûrement opté pour un peu des deux.

Mais là n'était pas la question. Elle ordonna à son corps de se montrer un peu plus sûr de lui et demanda à ses pieds de continuer à fouler le sol au goudron fissuré et décollé par endroit, dévoilant quelques pavés qui témoignaient de l'ancienneté du lieu. La mère d'Andrew remarqua alors qu'une fine brume rendait flous l'horizon et le contour des murs et des arbres. Elle s'étonna de ne pas s'en être rendu compte avant, mais se dit que c'était de saison, il n'y avait pas de quoi s'inquiéter. Nous étions alors un matin encore endormi, un certain 03 octobre, plutôt frais et au ciel gris qui s'obscurcissait peu à peu...

Se donnant de la contenance, elle serra la main de son fils et poussa la porte de l'hôpital, qui émit une résistance avant de céder dans un grincement désagréable. Sentant l'air de l'intérieur, qui était un peu plus chaud que dehors, elle se sentit mieux d'instinct et s'avança en cherchant des yeux l'accueil avant de s'y diriger. Ses escarpins reluisants calquaient contre le carrelage crème et abîmé, résonnant contre les murs comme si les lieux étaient vides. Pourtant ils ne l'étaient pas, mais Andrew, haut comme trois pommes, trouva que les gens présents étaient fort silencieux. Chaque personne qu'il voyait semblait être venue ici seule, comme si elle devait s'y rendre par dépit, comme si les gens fuyaient cet endroit comme la peste. On se gardait bien d'y mettre les pieds, à l'hôpital.

La seule voix qui retentissait, calme, patiente, automatique, était celle de l'hôtesse, à l'accueil, qui posait les mêmes questions, tendait un dossier à remplir, précisait qu'il fallait le signer, expliquait où il fallait se rendre, souriait et souhaitait un bon séjour.

Un bon séjour.

Andrew espérait qu'elle ne le lui dirait pas, à lui. Il n'avait vraiment pas envie de rester là. Pourtant, quand ce fût à leur tour, à sa mère et lui, elle leur dit mot pour mot la même chose, comme un disque que l'on rejouait dès qu'il prenait fin, automatiquement, à l'infini.

Leurs dossiers en main, la mère entraîna son fils sans la direction que lui avait indiqué la dame, s'engouffrant dans un couloir dont l'entrée était surplombée d'une sorte d'enseigne lumineuse bon marché certainement trouvée pour trois sous et dont on avait réarrangé les lettres comme on le souhaitait. Quelques lettres clignotaient et une était éteinte, le reste était éclairé normalement. Le petit enfant lût "Aile Est - Visites médicales, maladies bénignes et non contagieuses".

Lorsqu’il rabaissa la tête, il découvrait un couloir profond et mal éclairé, encombré de brancards et de chariots contenants diverses boîtes de médicaments, des draps, des gants et des masques. Sa mère, qui lui tenait toujours la main, pressa le pas pour atteindre une salle qui se trouvait un peu plus loin à gauche. Elle s’arrêta devant. Le jeune garçon remarqua qu’il s’agissait d’un autre accueil. Mais cette fois, la personne qui parlait vérifiait le dossier et nous indiquait où il fallait attendre en fonction du médecin qu’on avait assigné au patient.

Après des remerciements, elle se dirigea dans la salle d’attente qu’on lui avait indiquée et s’assit avec son fils sur un des sièges. Peu de monde était là, ils ne devraient pas attendre très longtemps. Quelques minutes passèrent lentement. Pour s’occuper, la mère prit un magazine en mauvais état qui se trouvait sur la table et entreprit de le lire, pendant qu’Andrew regardait par la fenêtre distraitement. Dehors, le brouillard s’épaississait, et il n’arrivait pas à distinguer les choses à plus de dix mètres.

Lorsqu’enfin, on les appela, la mère reposa le magazine et héla son fils avant de rejoindre l’infirmière qui les attendait, un masque sur le nez et la bouche et un calepin coincé entre son bras et son buste. Elle leur demanda de les suivre et se mit en route, s’enfonçant plus loin dans le couloir sinueux et disparut derrière l'encadrement d'une porte. La mère la rattrapa et pénétra dans la salle suivit de son fils. Elle tomba nez à nez avec deux hommes en blouse qui discutaient entre eux. A leur entrée, ils levèrent la tête vers eux et se présentèrent tour à tour en tendant une main gantée à la mère, qu'elle serra.

Aussitôt, le plus vieux d'entre eux, reconnaissable grâce à ses cheveux poivre et sel, se pencha vers Andrew en esquissant un sourire qui se voulait chaleureux, pendant que l'autre questionnait la mère à propos de leur venue. Lorsqu'elle entreprit de leur raconter l'attaque, Andrew ne pût s'empêcher de penser à son père, qui n'était désormais plus. Un élan de tristesse se referma sur lui comme un étau qui l'étouffa. Il baissa le regard vers ses pieds et ne prêta plus attention à ce que disait sa mère. Il sentit juste cette dernière tendre la main qui tenait la sienne vers celle du plus vieux médecin. A ce moment là, il releva la tête vers celui du médecin, inconnu, puis vers celui, cette fois connu, de sa mère. Elle lui sourit pour le rassurer.

« Le médecin va faire un contrôle médical avec toi. Ca va bien se passer, ne t'en fais pas. Après je reviendrai te chercher. D'accord ? »

Peu loquace, l'enfant se contenta de hocher la tête et se laissa emmener par le médecin qui repartit dans le couloir. Il eut juste le temps d'apercevoir le visage inquiet de sa mère en tournant la tête, puis elle fût cacher par le mur.

Résigné, le petit garçon suivit de mauvaise grâce l'homme dans une autre salle. Cette fois il s'agissait d'un cabinet. Andrew remarqua divers instruments qu'il voyait habituellement dans un cabinet normal, ce qui le rassura un peu. Obéissant au médecin, il se laissa manipuler. Le vieil homme prit sa tension, sa taille, son poids. Il vérifia l'état de ses yeux, de ses oreilles, ses capacités physiques, ses réflexes, demande aussi s'il était atteint d'une quelconque maladie grave. Ne comprenant pas vraiment ce que voulait dire le médecin par "maladie grave", Andrew secoua négativement la tête. Il parut satisfait et prit quelques notes à la volée.

« Tu es en parfaite santé, mon garçon. J'ai juste un vaccin à te faire, car tu es un peu en retard, mais rien de grave, rassure-toi. »

Un vaccin ? Rien que le mot faisait frissonner Andrew. Comme la plupart des enfants de son âge, la piqûre n'était pas un moment de détente ou de joie, et savoir qu'on allait lui en faire un maintenant ne faisait qu'accroître son envie de retrouver sa mère. Instinctivement, il tourna la tête vers la porte, gage de sa liberté, ce qui fit rire le médecin.

« Ne t'en fais pas, c'est juste une petite piqûre de rien du tout ! Je te laisserai sortir ensuite, c'est promis. »

Bizarrement, il ne faisait pas trop confiance au médecin. Sa mère ne lui avait jamais dit qu'il allait devoir faire un vaccin bientôt. Il ne pouvait pas confirmer ses soupçons tout de suite, néanmoins il savait que quelque chose clochait. Ce médecin qui avait l'air assez sympathique au début lui inspirait maintenant la méfiance. Il le scruta préparer la seringue, surveillant ses moindres faits et gestes.

« C'est un vaccin pour quoi ? » hasarda le jeune garçon.

Le médecin parut hésiter un instant mais finit par se délier la langue sur un ton qui se voulait sûr de lui, et péremptoire.

« Pour une maladie qui touche les enfants désobéissants. » fit-il en désinfectant la zone du bras qu'il allait piquer.

La semi-plaisanterie fit son effet aux yeux du médecin puisqu'Andrew ne dit plus un mot. Pourtant le garçon ne pensa pas moins. A bientôt dix ans, ce genre de réponse ne fonctionnait plus avec lui, et il avait parfaitement compris que le médecin voulait juste qu'il se taise. Se qu'il fit, le regard fixé sur la seringue que l'homme approchait de son bras.

Dehors, le brouillard ne laissait maintenant plus aucune visibilité, comme pour l'avenir incertain du petit Andrew.

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MessageSujet: Re: Quand on rembobinne la cassette...   Jeu 30 Juil - 19:25


Rapport sur le cobaye de matricule : 142-V


Utilisation du sérum : 2B-3 type vampire
Date de l'administration : 03 octobre 1937
Nom du cobaye : Andrew Baskerville
Age : 9 ans et 10 mois
Etat de santé : R.A.S.

Détails du rapport :
C’était un gamin sans rien de spécial, banal. Il était venu avec sa mère après l’attaque d’un de nos pensionnaires pour « vérifier que tout allait bien ». J’ai procédé aux tests médicaux, et tout indiquait qu’il allait bien. Récemment, les chercheurs avaient mis au point un nouveau dérivé du sérum pour vampire qui permettait aux cobayes expérimentés jeunes de continuer leur croissance tout en ayant les caractéristiques d’un vrai vampire.

On avait jugé plus simple dès le début d’utiliser des enfants comme cobayes : ils posaient certes plus de questions mais étaient plus crédules, ne se doutaient pas de ce qu’on s’apprêtait à leur faire. A leurs yeux, nous étions justement ceux qui les protégeaient des vampires et des hybrides, non pas ceux qui les créaient. C’était tellement simple de tromper un enfant.

A la fin de sa visite, j’ai laissé le gamin se rhabiller. Mais j’hésitais : il pourrait faire un bon sujet d’expérience. Normalement, je ne peux pas administrer le sérum sans l’avis des supérieurs, et sans équipe derrière moi. Et je ne pouvais pas l’emmener dans le bloc opératoire sans raison. J’avais une dose du nouveau dérivé du sérum vampire dans ma salle, qui était destinée à un autre cobaye que je devais transformer plus tard dans la journée. Je pouvais l’utilisais pour le môme, lui faire croire que c’était un vaccin, que c’était pour lui que je faisais ça.

Et puis, je me suis lancé. J’avais de bonnes raisons de penser que ce gamin ne ferait pas un vampire comme lui autres. Il fallait juste croire en son potentiel. D'ailleurs, il ne semblait pas ravi de se faire piquer mais il resta docile. Au début tout du moins. Il avait demandé, comme pour la grande majorité, pourquoi on allait lui faire ce vaccin, je lui ai répondu ce que j'avais coutume de répondre, et il ne dit plus rien. C'était tant mieux, j'espérais qu'il ne se mettre pas à pleurer.

Juste au moment où j'allais piquer, le gamin m'a donné un coup dans la main pour me faire lâcher la seringue puis il a décampé vers la sortie -heureusement j'avais verrouillé la porte. J'ai ramassé la seringue qui était tombée par terre, elle n'était pas cassée à mon grand soulagement. J'ai forcé le gamin à se rasseoir et je lui ai attaché les bras à la chaise. Il criait et se débattait beaucoup. Je ne pensais pas qu'il serrait récalcitrant à ce point.

Je me suis dépêché de lui administrer le sérum pour éviter qu'on n'ait des soupçons sur ce que je faisais et je me suis reculer pour jeter la seringue. Le môme s'était un peu calmé et se tortillait dans tous les sens pour essayer de se dégager. Les premiers effets du sérum ne tardèrent pas à arriver pour accompagner les changement comportementaux du gamin : sueur froide, hyper-ventilation, dilatation de la pupille, frissons incontrôlés, pousse subite des crocs, peau qui pâlit. Ces symptômes ne tarderaient pas à disparaître.

Je profitai de la confusion du garçon pour lui administrer un calmant pour qu'il se tranquille au moins le reste de la journée. J'ignore quand l'envie de sang fera effet pour la première fois, mais d'après les tests, le sérum est fait pour agir lentement et c'est au moment où le cerveau est entièrement touché que les premières pulsions arrivent. La durée varie selon les cobayes, mais en moyenne cela dure entre un et deux mois.

Voilà ce qu'est ce nouveau sérum : un virus incurable à propagation lente. Reste à savoir si cela nous sera réellement utile par la suite.

Une fois que le gamin fut capable de se remettre sur pieds, je l'ai laissé rejoindre sa mère et ils sont tous deux repartis comme si de rien n'était.

Je recommande un pistage et une surveillance de cet enfant par l'Expérience : il ne faut pas qu'on le perde de vue car on ignore encore tout de ses capacités de vampire. A mon sens, refuser à ce point la prise du sérum démontre un instinct de survie élevé ainsi qu'un bon sens de la logique. Ce gamin est intelligent, il sera peut-être un vampire puissant.

Fin du rapport.

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MessageSujet: Re: Quand on rembobinne la cassette...   Lun 3 Aoû - 23:23


 

 
« Autour d'une tasse de thé. »
Le 03 décembre de la même année
1
Serrant mes bras croisés contre moi après avoir sonné pour la deuxième fois, j'ai patiemment attendu à nouveau qu'on vienne m'ouvrir. J'avais vraiment, mais alors vraiment besoin de parler, de tout balancer sans m'arrêter à la personne la plus proche de chez moi. Entre autre, ma voisine, avec qui je m'entendais plutôt bien. Je n'étais pas spécialement bavarde, et je m'étais d'abord résolue à tout garder pour moi, mais je n'ai pas tenu longtemps. Maintenant seule, j'avais besoin de quelqu'un à qui me confier.

De l'autre côté de la porte, j'ai entendu quelqu'un dévaler les escaliers bruyamment et une voix grave crier à mon encontre :

« Voilà, c'est bon, j'arrive ! »

Il s'agissait de Caleb, le mari de ma voisine. De toute évidence, je semblais le déranger dans ce qu'il faisait. Il continua de pester en ouvrant la porte, insultant presque subtilement un vendeur à domicile imaginaire ou un facteur impertinent, ne pensant certainement pas me trouver derrière la porte. Son regard d'acier se posa sur moi, et il arrêta une autre de ses insultes en plein vol. En me découvrant, il eut un sourire gêné, visiblement désolé de m'avoir prise pour quelqu'un d'autre.

Nullement intimidée ou vexée, je me suis redressée et je lui ai souri à mon tour d'un sourire, qui je l'espérais, ne trahirait pas ma détresse.

« Oh, euh... Bonjour Annah. » bredouilla Caleb.
« Bonjour Caleb. Sasha est là ? J'aurais besoin de lui parler. » répondis-je lentement.
« Oui, oui, bien sûr. Entre ! Elle est dans la cuisine. » m'invita-t-il en se décalant de l'entrée pour me laisser passer.

J'étais bien contente de me retrouver à l'intérieur, au chaud. Ce mois de décembre était horriblement froid et enneigé. Ou non, en fait, il était horrible tout court. J'ai laissé Caleb prendre mon écharpe et mon manteau pour les ranger dans une armoire prévue à cet effet, et j'ai rejoint Sasha dans la cuisine. Bien que voisines, nos maisons étaient complètement différentes, aussi bien niveau agencement des pièces qu'aspect extérieur de la maison, mais étant venue ici plusieurs fois, je n'ai eu aucun mal à m'y retrouver dans les couloirs.

La cuisine, de type américaine, permis à la jeune pâtissière amatrice qu'était Sasha de me voir arriver de loin, et elle poussa un petit cri de ravissement en allant me serrer contre elle, apparement très contente de me voir. Elle embrassa mes deux joues et remarqua alors mon trouble que la façade de mon sourire ne parvenait pas à cacher.

« Ca ne va pas ? Tu as l'air préoccupée. »

Je haussai les épaules :
« Plutôt oui. J'aimerai te parler, mais si tu es trop occupée ça peut attendre. »
« Hors de question de te faire attendre ! » répliqua-t-elle aussitôt, ce qui me fit sourire et me réchauffa un peu le cœur. « Mes gâteaux peuvent se débrouiller sans moi le temps d'une discussion entre nous. »

Son humour me dérida un peu. Je savais que j'avais bien fait de venir la voir, qu'elle pourrait m'aider à me sentir mieux, après ce qu'il s'est passé, après ce que j'ai fait.

« Que dirais-tu qu'on aille s'installer dans le salon et que tu me racontes tout ce que tu as sur le cœur autour d'une bonne tasse de thé ? »

Mon estomac ne semblait pas d'attaque à recevoir quoi que soit, même comestible, mais je n'avais pas envie de lui refuser quelque chose, et puis ça me ferait peut-être du bien.

« Pourquoi pas oui, merci. »

Avec un sourire ravi, elle se détourna pour aller faire son thé, et m'indiqua le salon du bout de son rouleau à pâtisserie qu'elle n'avait pas lâché en me voyant pour me faire comprendre d'aller m'installer. Je m'y suis rendue sans faire d'histoire et m'installai dans l'un des sofas en cuir qui se faisaient face, séparés par une table aux pieds en forme de têtes de lions. Elle m'a rejointe quelques minutes plus tard avec un plateau en mains garni de tasses dans leurs soucoupes, de la théière fumante et d'une assiette de petits biscuits. Elle était touchante, elle savait que j'étais originaire d'Angleterre et que chez moi le Tae Time n'avait jamais de raison valable pour être manqué.

Elle m'a servi une tasse qu'elle m'a tendue avant de se servir à son tour. Entourant la petite pièce de porcelaine incurvée de mes deux mains, j'éprouvai un peu de soulagement en sentant la chaleur se propager entre mes doigts engourdis par le froid. Sasha s'est assise en face de moi et m'a dévisagée, attendant que je me lance dans mon récit.

« Je t'écoute. » m'encouragea-t-elle, donnant réellement son feu vert.

J'ai soupiré puis inspiré longuement, avant de me lancer. Elle savait que le lendemain de la perte d'Aaron, mon cher mari, Andrew, mon petit Andrew et moi sommes allés en visite médicale. Je lui ai donc passé ces détails là, et j'en suis tout de suite venue aux faits de ces deux derniers jours. J'en frissonnais rien que d'y repenser, et les larmes menaçaient de s'échapper d'un moment à un autre.

« Je voulais te parler de l'anniversaire d'Andrew. » murmurai-je avec l'espoir, contradictoire certes, qu'elle ne m'entende pas. Mais ce ne fut pas le cas.
« Ah ! Oui, il est vrai que ce petit bout de chou à dix ans maintenant. Il grandit vite ! » s'exclama-t-elle, une lueur rêveuse dans le regard.

Sasha avait toujours rêvait d'avoir un fils, et considérait Andrew comme le sien, ce qui me ficha le bourdon. Elle ne se rendait pas compte qu'elle abordait un sujet difficile, mais elle le saurait bien assez tôt. Et justement, elle me mettait sur la voie :

« Comment s'est déroulée la fête ? »
« Eh bien, pas vraiment comme je l'avais imaginée... » annonçais-je, pendant que Sasha haussait les sourcils.
« Vraiment ? Qu'est ce qui ne s'est pas passé comme prévu ? »

Je remarquai que je n'avais alors pas réfléchi à la manière d'annoncer la terrible nouvelle qui me rongeait le cœur, et je me mis à scruter le mouvement de l'eau chaude teintée et odorante que contenait ma tasse. J'avais peur de ce que j'allais dire, j'avais peur de connaître sa réaction aussi. J'ai porté la tasse à mes lèvres et but une gorgée. La chaleur du liquide se fit ressentir dans ma gorge, me brulant presque, mais je m'en fichais.

« Au début, tout se passait bien. » commençais-je en relevant la tête. « Andrew et moi attendions que les invités arrivent. On avait loué une grande salle où tout le monde pourrait s'installer, il y avait même un endroit pour les enfants. Andrew ne tenait pas en place, je le trouvais bizarre, même s'il est plutôt normal qu'un enfant soit excité le jour de son anniversaire. »

Je me suis arrêtée, cherchant un instant mes mots avant de reprendre :

« Comment dire... Il avait l'air d'attendre impatiemment quelque chose, de la chercher. Il tournait en rond dans toute la salle, même quand les invités ont commencé à arriver. Je pensais qu'il s'intéresserait tout de suite aux cadeaux qu'il avait reçu, mais il ne semblait pas avoir envie de les ouvrir, ce qui m'a surprise, qui a surpris tout le monde d'ailleurs. Mais je supposais qu'il voulait juste attendre le gâteau pour les ouvrir. Je l'ai donc laissé aller jouer avec les enfants de son âge et j'ai discuté avec d'autres invités. C'est là que les choses se sont gâtées. »

Sasha, qui m'observait parler tout en sirotant son thé m'a fait signe de continuer, attentive. J'ai de nouveau porté la tasse à mes lèvres pour boire une autre gorgée chaude de son thé, lorsque j'ai remarqué que mes mains tremblaient. Serrant plus fort la tasse pour calmer les tremblements, j'ai repris, la voix vacillante également :

« A peine quelques minutes plus tard, on a entendu un cri. C'était un enfant qui venait de hurler. Suivi d'autres gamins, ils se sont chacun précipités dans les bras de leurs parents, dans la confusion générale. N'apercevant pas Andrew parmi eux, j'ai paniqué et je me suis tout de suite rendu dans le coin des petits et là... »

Ma voix se brisa un sanglot remplaça la suite de ma phrase, qui mettrait définitivement Sasha dans la confidence. Cette dernière, consciente qu'il était difficile pour moi de continuer, a déposé sa tasse et est venue s'asseoir à côté de moi pour me serrer contre elle. Genoux collés, elle caressa mon dos pendant que je continuais de sangloter. Mais il ne fallait pas que je m'arrête, il fallait que ça sorte. Alors, prenant mon courage à deux mains, j'ai lâché d'une traite ce que je n'avais pas le courage de garder pour moi toute seule :

« Il y avait du sang partout, c'était horrible ! Quand je me suis demandée ce qu'il s'était passé, j'ai vu Andrew dans un coin de la salle, alors je me suis précipitée vers lui, et puis j'ai vu qu'il y avait un autre enfant avec lui. Une fille, allongée, blême, inerte. Dans l'incompréhension totale, je me suis arrêtée et j'ai appelé Andrew, qui a brusquement relevé la tête pour me dévisager, il avait le visage et les vêtements couverts de sang. Paniquée, je me suis à nouveau approchée pour savoir ce qu'il avait, si les deux allaient bien, mais il m'a grogné dessus. Oui, oui, grogné. Comme une bête sauvage ! Et puis j'ai vu ces dents, des crocs ! Il avait des crocs à la place des canines ! Tout se chamboulait dans ma tête, je ne savais plus quoi faire, quoi dire ou penser, j'étais effondrée... »

Reprenant mon souffle, j'ai regardé mes mains, crispées sur mes genoux, les ongles rentrant dans le tissu de mon pantalon. A côté de moi, Sasha n'a pas pipé mot quelques instants, pourtant je savais qu'elle avait compris, elle cherchait juste les bons mots. Pourtant aucune autre réponse n'aurait pu être aussi réaliste que la sienne :

« Andrew... » hésita-t-elle. « est un vampire ? »

Blême, j'ai hoché la tête, car j'aurais été incapable de prononcé un simple "oui". En relevant la tête pour observer la réaction de Sasha, j'ai vu dans ses yeux un immense chagrin mêlé à de l'incompréhension et un soupçon de pitié.

« Mais quand est-ce que cela a-t-il pu survenir ? » se pressa-t-elle de demander.

J'ai haussé les épaules. Comme elle, je me posais la même question depuis ce jour là. Pourquoi n'avais-je rien vu ? Quels éléments auraient pu me mettre la puce à l'oreille ? Qui était le responsable de ça ? A cette dernière question s'est aussitôt formulée une réponse : la visite médicale. Quant aux indices, il y avait seulement l'état Andrew à la sortie de la visite : je l'avais retrouvé comme s'il était dans une transe ; et sa progressive excitation, que je mettais sur le compte de l'approche de son anniversaire. J'expliquai brièvement mon raisonnement à mon amie, qui acquiesça d'un air grave.

« Et après ? » questionna-t-elle doucement, me laissant le choix de continuer ou non.
« Je me suis sauvée et j'ai aussitôt appeler une ambulance et la police. Malgré tout j'avais peur de ce qu'on lui ferait, à mon pauvre petit garçon. J'ai enfermé Andrew dans la salle en attendant qu'ils arrivent, et ils ont fait vites. Les invités sont sortis, la plupart étaient déjà repartis chez eux, fuyant cet endroit funeste. Et juste avant qu'ils interviennent, j'ai entendu mon petit garçon sangloter de l'autre côté. Il m'appelait, il appelait sa mère, je pouvais l'entendre : il était juste derrière la porte. Mon instinct maternel m'a aussitôt fait ouvrir la porte et Andrew s'est accrocher à ma jambe en pleurant. Soulagée, je l'ai serré contre moi, j'avais compris qu'il n'avait pas commis ça volontairement, pourtant il n'en restait pas moins responsable. »

Je soupirai et essuyai mes joues couvertes de larmes avant de me redresser en reniflant pour me redonner un semblant de contenance.

« Les médecins ont été formels, la fille qu'il avait attaqué n'avait aucune chance de survie, quant à lui, ils ont jugé préférable de l'interner, il ne pouvait pas prendre le risque qu'une autre victime soit faite. Néanmoins ils m'ont laissé le choix d'aller le voir si je voulais au pensionnait où ils l'emmèneraient. »

Quelle piètre mère étais-je, pour laisser mon petit garçon, si jeune, si innocent, aux mains de scientifiques capables de tout pour leurs expériences. Je priais pour qu'on ne lui fasse pas de mal, et peut-être qu'on arrive à le guérir, à me rendre mon seul fils, ma seule famille. Mais j'espérais en vain.

« Hier, j'ai abandonné Andrew. » susurrais-je si bas que je doute même que Sasha m'ait entendue.

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Andrew Baskerville
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MessageSujet: Re: Quand on rembobinne la cassette...   Ven 21 Aoû - 21:04


 

 
« Le goût du sang. »
dix années et deux mois.
1
  L'air sentait affreusement mauvais. Une odeur nouvelle, impossible à identifier. Une odeur irréelle. C'était ça, une odeur inexistante, mais là. Andrew ne pouvait dire ce qui la composait, et il ne préférait franchement pas savoir, au final. Elle était nauséabonde, point. Et pourtant ses yeux examinaient les lieux, fouillaient partout, cherchaient d'où pouvait provenir une telle infamie.

Le vieil homme devant lui toussa sans protéger sa bouche de sa main. Andrew grimaça. Rien, en apparence, n'avait pu franchir les lèvres du vieillard, mais c'est comme si le jeune garçon avait senti tout un flot de maladies aux noms trop compliqués s'échapper de la gorge de ce corps en fin de vie pour se trouver une enveloppe corporelle plus jeune. De la chair fraîche à occuper, en quelques sortes.

Le brun se trémoussa sur sa chaise. A côté de lui était disposée une table sur laquelle étaient entassés tout un tas de journaux vieillis et abîmés, cornés aux quatre coins. Du coin de l'œil, il parvint à distinguer une date qui le fit sourciller. Le magazine était presque aussi vieux que lui ! Peut-être qu'en fouillant un peu, il en trouverait un qui daterait d'avant Azalea. Tout ici sentait le vieux à plein nez.

Mais ce n'était toujours pas la bonne odeur.

Au plafond, un néon clignota un instant avant de s'éteindre définitivement avec une petite étincelle en guise de dernier mot. Lui aussi avait fait son temps. Une moitié de la salle fût plongée dans une pénombre, laissant la lumière vacillante du crépuscule éclairer autant qu'elle pouvait le coin ombragé de la salle. Une lumière rougeâtre embrasa le sol de la pièce, ainsi que la moitié du corps du vieux, et celui, plus jeune, d'Andrew. Cette lueur inquiétante donnait définitivement à cet endroit un aperçu de l'enfer.

L'air frais s'insinuait par le simple vitrage en mauvais état de la fenêtre. Andrew aurait pu jurer qu'en cet instant-là, le courant d'air sembla se modeler pour donner l'apparence du femme à la peau et aux lèvres bleutées. Le sifflement aigu se transforma en chuchotement. La femme parlait, mais pour dire quoi ? Le jeune nouveau-né avait beau se concentrer, il ne parvenait pas à discerner ses mots. L'odeur avait bizarrement disparu, Andrew ne s'en rendit même pas compte.

Et puis une ombre se faufila sous la porte. La porte s'ouvrit, et une vague de lumière tellement artificielle qu'elle en était aveuglante pénétra dans la salle, dessinant la silhouette d'un homme dont le corps était caché de la tête aux pieds par du tissu ou du plastique. La femme d'air disparut sous la lumière, comme si elle ne pouvait pas la supporter, ses chuchotements se taisant pour laisser place à la voix, rauque et abîmée d'une personne qui fume trop, de l'homme en blouse.

« Andrew Baskerville ? » appela-t-il.

Andrew releva la tête. C'était à son tour. Il se leva de sa chaise pour suivre l'homme qui s'était déjà détourné pour repartir d'où il venait. En sortant de la pièce, tandis que les raies de lumière fausse semblaient le tirer hors de l'obscurité, les chuchotements reprirent. La femme semblait penchée à son oreille.

« Fuis. »

Un frisson parcourut son échine, mais il ne s'arrêta pas. Alors qu'il passait la porte, l'odeur l'assaillit, plus forte encore qu'avant qu'elle ne s'évapore au profit de la femme d'air. Andrew courra pour rattraper l'homme de tissus et de plastique, mais aussi pour semer l'odeur et les chuchotements qui le poursuivaient malgré lui. Ses chaussures crissaient sur le sol imitation parquet, mais avec le bruit ambiant cela ne semblait pas se remarquer, tant le jeune garçon se fondait dans la masse, se faufilant entre les patients, les brancards, et les infirmiers.

Ce couloir lui était familier. Il ressemblait en tous points à celui qu'il avait arpenté avec sa mère, quelques mois plus tôt. Un corridor qui lui sera impossible d'oublier. Ce serait sûrement le souvenir le plus marquant de toute son existence. Celui qui disparaîtra en dernier, car c'est celui qui fût le premier de sa longue existence. Néanmoins, Andrew sentait que l'atmosphère y était quelque peu différente, sans savoir dire en quoi ni pourquoi. C'était une simple impression -véridique ?-.

L'homme en blouse changea de direction pour s'engouffrer dans une pièce dont la lumière était déjà allumée, suivi de près par Andrew, refermant la porte derrière ce-dernier avant d'aller s'asseoir derrière un bureau jonché de papiers et de crayons divers. Il indiqua ensuite un siège défoncé en cuir miteux au jeune vampire, lequel s’installa dessus sans un mot. L’homme fouilla parmi le bazar de son bureau avant d’en extirper un dossier dont la couverture été marquée au feutre indélébile. 142-V.

Malgré qu’on ne lui ait jamais montré son numéro matricule, Andrew comprit vite qu’il s’agissait de son « appellation de cobaye », ou du moins, était quasiment sûr que c’était ça. Sinon ils auraient pu noter quoi dessus ? « Andrew Baskerville » certainement. N’avaient-ils pas la moindre once d’humanité pour les appeler par une suite de chiffres et une lettre résumant leur (nouvelle) nature.

Face à un tel manque d’humanisme, Andrew avait la drôle d’impression d’être du bétail. Une bête nommable que par un matricule tatoué sur sa peau et dont ses créateurs avaient pouvoir de vie et de mort sur lui. Ainsi que le pouvoir de torture. Le vampire nouveau-né l’avait compris à ses dépens.

« Alors, Andrew, comment se passe ton séjour ici ? »

Le jeune garçon leva le regard de la couverture du dossier qu’il fixait toujours pour planter son regard d’encre dans celui vieilli de son interlocuteur. Avait-il conscience de ce qu’il demandait ? Parce qu’à priori, la situation ne semblait pas l’affecter plus que cela. Comme pour tous les membres du personnel ici. Peut-être que le regard que lui lançait le brun était le même pour chaque enfant, chaque personne, chaque nouveau monstre qui passait la porte de l’enfer, le point de non-retour. Y avait-il déjà eu des incidents entre les pensionnaires et le personnel de l’hôpital. Sûrement. Des cas de suicide ? Peut-être. Des meurtres ? Quasi certains, que ce soit envers les pensionnaires que le personnel. Ce genre de truc qu’on préfère taire pour éviter des rébellions.

Cela faisait deux mois qu’Andrew avait été « admis » au pensionnat. Deux mois qu’il n’avait aucune nouvelle de sa mère qui lui avait pourtant promis d’aller le voir, de lui donner des nouvelles. Mais toujours rien. Pourquoi ? Pourquoi le laissait-elle seul ici ? Elle qui n’avait plus que lui, et réciproquement, pourquoi faisait-elle comme si il n’existait plus ?

Deux mois aussi, qu’on le gave de sang pour éviter la moindre catastrophe. Deux mois, plus de soixante jours qu’il en est malade, de ce sang. Qu’il le régurgite matin, midi et soir. Deux mois aussi qu’il ne peut avaler rien d’autre sous peine d’intoxication alimentaire, d’après ce que disaient les médecins. En somme, tout ce qu’il avait le droit d’avaler ce résumé à être vomi plus tard.

Rien que d’y penser, la bile brûla le fond de sa gorge mais il se retint de rendre ce qu’il s’était efforcé de boire quelques minutes plus tôt. D’ailleurs, il ne s’était pas demandé d’où provenait le sang qu’ils lui forcer à ingurgiter, mais il ne valait pas mieux savoir après tout. Ce que ne comprenez pas le jeune homme, c’est pourquoi il ne parvenait pas à digérer le sang qu’on lui donner. C’était un vampire, non ? Pourquoi son organisme le rejetait ? Il n’en savait rien.

Andrew haussa enfin les épaules, pour répondre à la question de l’homme qui était « aide-soignant » comme l’indiquait son étiquette sur le devant de sa blouse, que le nouveau-né venait de remarquer.

« Pas très bien. Je suis malade tous les jours et-… »
« Je sais, on m’a parlé de ton cas. C’est pour cela que tu es ici. »
le coupa l’homme en commençant à gribouiller sur une feuille du dossier ouvert devant lui.

Andrew se tut. Alors il savait ce qui lui arrivait ? Tant mieux, cela lui permettrait d'éviter de se justifier. Cela aurait-il était crédible, un vampire qui ne digère pas le sang ? Certainement pas. On ne l'aurait pas cru une seule seconde. Déjà qu'un enfant n'était pas vraiment crédible, si ce dernier se mettait à raconter des choses inconcevables, on aurait pu le croire fou. Ce devait être la petite démonstration dont à fait preuve le nouveau-né, un jour, au "réfectoire". Alors que les autres enfants de son âge s'étaient jetés avec animosité sur leur dose de sang, Andrew avait redouté la sienne, comme tous les jours. Et cette fois, son estomac s'était révulsé aussitôt l'hémoglobine ingérée, sous les yeux ébahis de ses camarades et du personnel qui s'occupait de les surveiller.

Avec un certain espoir que ce qu'il endurait pourrait s'arrêter avec l'aide de l'aide-soignant, il reprit :

« Vous savez pourquoi je suis malade ? Vous pouvez m'aider ? »
« Peut-être, peut-être pas. Cela dépend de ce qu'on peut faire, et de toi. » repondit-il du tac au tac.

Bien que sa réponse semblait sincère, Andrew avait perçu une pointe de perversion dans sa voix. Le "et de toi" ne lui plaisait pas du tout. Cela suggérait bien plus que les apparences de ce syntagme innocent. Andrew refuserait la moindre torture, même s'il savait qu'il valait sûrement mieux pour lui de subir expériences sur expériences que rester dans cet état du malade inguérissable. Il y avait au bout l'espoir d'être libéré de ces nausées, ou aussi, plus radicale, celui de mourir lors d'une expérience. Les deux pouvaient convenir au jeune nouveau-né, mais le prix était élevé. Très élevé. Peut-être trop élevé, même.

« Il n'y a pas d'autres moyens pour savoir ce qui ne va pas ? » murmura-t-il en fixant le crayon qui remuait à toute allure entre la main de l'homme.

Ce crayon, qui s'arrêta net aussitôt que la demande fût prononcée. L'homme releva la tête, visiblement -à proprement parlé- surpris. Pourquoi ce gamin posait-il la question ? Un enfant Lambda se serait contenté de hocher la tête, content qu'on essaye de trouver une solution. Pourquoi pas lui ? Qu'est-ce qui clochait vraiment chez ce môme, pour qu'il vomisse du sang et qu'il se montre aussi... futé ?

Il ne fallait pas qu'il cherche plus loin que ce n'était permis. Il fallait contrer. Et bizarrement, l'homme savait exactement quoi dire pour calmer la curiosité du nouveau-né. Il était sûr qu'il ne chercherait pas plus loin ensuite. Jusqu'où sa perversion s'arrêterait-elle ?

« Dis-moi, sais-tu d'où provient le sang qu'on vous donne pour ne pas que vous vous en preniez aux gens ? » commença-t-il, sans sourire, bien que ce dernier était devinable au ton de sa voix.

Andrew se tendit sur sa chaise. Le sujet qu'il aurait préféré ne jamais aborder. En tout cas pas tant qu'il régurgitait tout ce qu'il avalé. Surtout pas pendant qu'il était malade. Il aurait voulu se soustraire à la question, mais un regard vers l'homme lui indiqua qu'il ne lui dirait même si il faisait tout pour ne pas qu'il le dise. Alors, comme si ce mouvement muet pourrait rendre la suite des paroles de l'homme tout aussi muettes, il secoua lentement la tête, se préparant à la pire des réponses.

Et ce qu'il entendit fût bien pire encore. La bile qu'il avait ravalé quelques minutes plus tôt irrita sa gorge et brûla sa langue. Ne pouvant se retenir, il se précipita vers une poubelle en métal qui se trouvait dans un coin de la salle et cracha tout ce que son estomac n'avait pas pu digéré dedans. La quasi totalité de sa dose de sang salit les parois du cylindre et une odeur putride se répandit dans la salle.

Andrew toussa et tomba à genoux devant la poubelle, alors que l'hémoglobine coulait encore entre ses lèvres. L'homme éclata de rire. La réaction escomptée n'était pas celle-ci, mais ce qui venait de ce produire était encore mieux. Voilà qui calmerait les ardeurs eu jeune vampire, il en était certain.

Ce qu'il avait dit était un sulfureux mensonge, mais il était fier de celui-ci. Ce pourrait même être une idée à proposer à sa hiérarchie. Attrapant un morceau de feuille, il y inscrivit son idée avant de l'accrocher sur un coin de son burreau avec du skotch.

Andrew se releva en vacillant. Ses oreilles sifflaient et des tâches multicolors dansaient devant ses yeux, lui donnant le tourni. Il s'essuya les lèvres et le menton du revers de la manche qui fût bientôt écarlate. Le goût du sang lui était d'autant plus insupportable que son estomac ne le digérait pas. Maintenant, il lui serrait quasiment impossible de toucher à la gourde qu'on leur remettait en guise de repas tous les jours, remplie de l'atrocité rougeâtre qu'ils forçaient tous les vampires à boire. Le nouveau-né n'appréciaient guère le personnel avant cela, mais maintenant ils l'écœuraient. Lui n'était peut-être plus humain, mais eux étaient des monstres pires encore qu'eux-mêmes.

L'odeur revint. La même que dans la salle avec le vieil homme, que dans le couloir. Encore une fois, elle s'était estompée sans qu'Andrew ne s'en rende compte. Etrangement, il parvint à donner un nom à cette odeur alors que le goût du sang s'adoucissait sur ses papilles.

Cette odeur, c'était l'odeur du changement.

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MessageSujet: Re: Quand on rembobinne la cassette...   Mar 8 Sep - 12:15





Cette démence.





Le sang coule le long de la gorge, chaud, visqueux. Le goût métallique s’attarde sur les papilles. Plus on s’abreuve,  plus on a soif. C’est étrange. Ce n’est pas du tout comme avec les poches de faux sang, que l’estomac recrache aussitôt sa présence connue de l’organisme. Là, c’est comme si il en réclamait plus. Toujours plus. La faim tiraille les entrailles. C’est une drogue qu’est ce sang.


Un couinement rappelle le buveur de sang à la surface. Sa victime haletait à présent, n’avait plus la force de parler. Elle s’était arrêtée de le supplier, ses mots coupés par la douleur et par ses forces la quittant. Dans quelques secondes, elle ne serait plus. Andrew referma les yeux, son sort lui importait peu. Tout ce qui comptait, c’était le goût de l’hémoglobine sur sa langue rouge.




Il se sentait bizarre. Il avait l’impression que tout autour de lui dansait, se mouvait avec une lenteur qui l’aurait fait vomir. Les voix qu’il ne percevait pas semblaient lointaines, comme sorties de nulle part ou provenant de derrière les murs.


Les couleurs sont saturées, trop vives. Les contrastes trop prononcés. Il voit, mais ne distingue pas. Il entend, mais ne comprend pas. La tête lui tourne et quand il la baisse pour reprendre ses esprits, il remarque que le corps n’est plus là.


Où est-il ?
Ce sang, il lui en faut encore, encore, encore. Il ne veut plus de l’autre, il veut celui-là.
Où est-il ? Il ne sait pas. Il écoute mais ne comprend pas, il renifle mais ne sent rien. Le corps n’est plus là.
Le sang  bu n’a plus qu’un goût amer sur les papilles qui salivent d’envie d’un autre repas, à cause d’une faim attisée depuis trop longtemps.


Soudain, la bile remonte.
Non, pas le sang. Il ne peut pas le boire, il n’est pas capable de le digérer. Il le sait. Mais la faim a été plus forte cette fois-là. Il ne pouvait pas l’ignorer, elle qui le rendait fou, elle qui lui faisait faire n’importe quoi.


Il regrette tant. Tout. Rien de tout cela ne devait arriver. Il aurait dû pouvoir se contrôler, dire non. Dire stop. Mais c’était trop fort, cela le manipulait, cela le rendait autrement. Car la colère nous fait perdre le contrôle, elle nous montre qui nous sommes vraiment.


La colère, la faim, l'inconscient, cela le rendait lui. Toutes les barrières que les humanoïdes dressent pour s'adapter dans ce monde pseudo civilisé disparaissent dès qu'une émotion trop vive le prend.


Il le sait, mais cela le révulse. Il n'est pas d'accord avec ça, il aimerait que ce soit autrement. Il aimerait que la colère ne lui donne pas envie d'être vulgaire, que l'inconscient ne le pousse pas à faire des stupidités, que la faim ne fasse pas de lui une bête sauvage.



Les images continuent de danser, et le froid se fait ressentir. C'est l'hiver, la neige tombera sous peu. La tristesse sanglante de l'automne laissera place à une blancheur innocente. Une pureté qui mortifie la vie sans le vouloir, qui fait crever les plus faibles et fait disparaître la chaleur.

Il a froid, et pourtant le soleil tape sur sa tête. Les gens continuent de parler, mais ils sont flous. Fous, aussi. C'est l'hiver ! Malgré la foule autour de lui, il se sent seul.

Ces gens ne sont que de la nourriture, tu penses. Ils mangent pour être mangés, ils rient pour crier, ils vivent pour mourir. Ils sont las mais en veulent toujours plus. L'humain me répugne. Il me fait gerber, leur odeur est fétide. Ils sont gras, ils sont laids. Ce sont des porcs qui n'attendent qu'à être tués. Tués. Tués. Tuer. Je dois les liquider, les dévorer, les saigner. Ils me répugnent encore plus. Leur sang est imbuvable. Leur fragrance pue. Ils sont gros. Les tuer. La peur. Manger. Mordre. Poursuivre. Les cris. La faim, le dégoût.

Non ! Ils sont lui, il est eux ! IL n'est pas un vampire, IL ne doit pas faire de mal aux gens. C'est interdit, prohibé, impensable, irréalisable ! Ils sont lui, ils vivent comme lui, ont les mêmes peurs. Il est eux, il l'était, comme eux. Et maintenant ?

Bien sûr non ! Evidemment que oui !

Les rires l'agacent, il se bouche les oreilles. Ne plus les entendre. Là, c'est mieux.

C'est l'hiver, il fait froid, mais le soleil te brûle, tu en as conscience, vampire ?

NON ! Je suis humain ! HUMAIN !

il hurle, hurle, hurle ce mensonge auquel il ne croit pas. Les gens chuchotent maintenant, ils l'ont entendu. Mais il s'en fiche. Après tout, il ne sait même pas où il est.



Les décors changent mais les gens restent. Sommes nous toujours en hiver ? Peut-être, peut-être pas. Il ne sait pas, il ne sait plus. On ne sait plus.

Il a toujours faim, il salive d'impatience. Qui sera sa prochaine victime ?

Personne.
Si !
Non, ce ne sera personne.
Cette blonde à l'odeur sucrée ? Cette rousse à la peau de porcelaine ? Cette brune et innocente et pure ?
Personne !
Si.

Les pupilles se dilatent et se rétrécissent, passe du noir au rouge, du rouge au carmin, du carmin au pourpre. De cette même couleur
qui maculera ses lèvres et ses crocs, comme si ses yeux s'étaient imprégnés du liquide de vie de ses victimes.

C'est qu'être fou de se refuser pareil festin !
C'est être sain !
Sain ? Allons bon, c'est toi qui est fou. Ne sais-tu donc pas que les pulsions ne peuvent être contrôlées ? Ne cherche pas à les éviter, ou tu ne feras que les empirer.

Il déglutit, encore. Il ne sait qui écouter, à qui se fier. C'est dur. L'humanoïde est si crédule ! Combien de temps encore l'hésitation fera battre son cœur contre ses tempes ? Est-il si oppressant de refouler ses désirs les plus noirs ?

La brune, la blonde, la rousse...

Où tu es ? Je ne sais pas.
Où tu vas ? Je ne sais pas.
D'où tu viens ? J'aurais dû le savoir.
Et pourtant, tu ne le sais pas ! Pauvre petit monstre.

Monstre. Le mot s'attarde dans la tête, résonne dans les oreilles comme si il était prononcé dans toutes les bouches voisines, une rumeur à l'allure d'insulte qui s'élève comme un nuage de poussière, oppressant les poumons. Il refuse cette appellation ; il n'a pas voulu être comme ça. Il n'est qu'une victime dans cette histoire, un cobaye de plus ! Mais les gens se moquent de où il vient et de qui il était. C'est un vampire, et les vampires sont foncièrement mauvais, même avant qu'ils le deviennent, n'est-ce pas ?


La foule chuchote en le montrant du doigt. C'est lui, le monstre ! Il boit le sang de pauvres innocents ! Il doit disparaître, il ne doit pas exister ! Tuons-le !


Les cris redoublent d'intensité, le bruit en est insupportable. Il ne sait plus quoi faire. Est-ce là la fin ? Non, pas déjà... Il sait qu'il n'a pas le droit de mourir maintenant, qu'il ne le peut simplement pas.


Les visages sont laids, informes ; ce sont eux les monstres ! Pas lui ! Pas moi ! Ce sont eux qui tuent, pas moi.

Maman...



Dans cette foule, il s'englue comme dans des sables mouvants, aspiré vers le fond, dévoré par cette haine et cette folie ambiante.

C'est la fin !

Pas encore...

Au loin, il aperçoit une silhouette différente, belle, et non pas laide. D'où vient-elle ? Pourquoi est-elle différente ? Aussitôt, il se sent mieux, apaisé par cette présence nouvelle sur laquelle il pouvait déjà mettre un nom. Maman.

La silhouette se fraye un chemin ; rayon de lumière parmi la noirceur et la laideur. Elle est venue le sauver, enfin ! Pris d'espoir et de courage, il court vers elle, les bras en avant. Enfin elle est là, elle ne l'a pas oublié !

Elle lui sourit ; oui, c'est bien sa mère, qui va le sauver de cette vision horriblement grotesque. Elle va l'emporter, lui, petit être fragile, loin de cauchemar.



Il ouvre brusquement les yeux, halète et tente de reprendre son souffle. il fait nuit, pourtant ses pupilles s'accoutument vite à l'obscurité. En voulant se redresser, il sent qu'il est trempé de sueur.

Ce n'était qu'un cauchemar, un simple cauchemar. Rien de plus, mais rien de moins non plus.

Sans le vouloir, les larmes coulent sur son visage où les rondeurs de l'enfance s'attardent encore. Il y était presque, il avait presque rejoint sa mère, elle l'avait presque sauvé de cet enfer. Mais encore une fois, ce n'était qu'une illusion, un espoir vain qui s’abat sur le garçon comme une enclume.

Il se lève de son lit pour aller se rincer le visage et, en passant devant la fenêtre, remarque qu'il a neigé durant la nuit. Bizarrement, il avait oublié qu'on était aujourd'hui le premier décembre, et avait oublié également ce que la silhouette de sa mère avait prononcé, alors qu'il s'élançait corps et âme vers elle.


Happy Birthday, my dear.


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Andrew Baskerville
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Présages :
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Race  :
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Métier  :
Scientifique, médecin à la solde de l'Expérience.

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MessageSujet: Re: Quand on rembobinne la cassette...   Mar 27 Oct - 13:54

N'est pas Baskerville qui veut

Ce devait être la nouvelle la plus inattendue, la plus inenvisageable, la plus improbable de toute sa vie. Une nouvelle qui pèserait son poids dans la vie d'Andrew. Du haut de ses vingt-cinq ans, il scrutait sans vraiment comprendre le paquet de linge qu'on lui tendait, dont dépassait une tête humaine minuscule. Un bébé.

On l'avait convoqué dans le bureau de son supérieur pour lui annoncer une "promotion" qui était censée le ravir. Et cet événement si soudain fût à la hauteur de sa surprise : lui, l'orphelin si solitaire, allait goûter aux joies de la paternité ! Quelle... déception ? Le vampire ne savait pas du tout comment accueillir ce colis de pleurs, de couches et de lait en poudre ; il n'en avait pas franchement envie non plus. Lui qui aspirait à une vie tranquille à flirter avec les filles et découvrir le but de l'Expérience, le voilà à devoir éduquer une gamine comme si elle était sa propre fille dans le but qu'elle devienne une hybride.

Pourquoi lui d’ailleurs ? Cela aurait pu être n’importe quel membre du personnel, et surtout pas un vampire ou un autre expérimenté. N’avaient-ils pas peur qu’il lui suce le sang jusqu’à la mort ? Qu’ils la blessent ? Mais alors qu’il posait la question à l’ensemble du petit groupe qui devait lui remettre les affaires de la petite, on lui répondit qu’il n’était pas le seul à devoir s’occuper d’un enfant de ce genre, et que tous les employés de confiance humains avaient déjà leur propre rejeton ; alors on a dû faire appel aux autres.

Aux autres tiens ? Ils n’avaient donc pas peur qu’ils s’en prennent au bébé. Faisait-on cela pour tester sa capacité à ne pas se jeter sur le premier bout de chair sans défense venu ? Ou alors lui faisait-on vraiment confiance ? Quel était le but de tout cela ? Et les parents de la petite dans tout ça ? Où étaient-ils ? Etaient-ils d’accord pour mettre leur fille en pâturage de la sorte ? Certainement pas, à coup sûr. Alors qu’est-ce qu’elle faisait là ? Etait-elle une fille issue du programme des mères porteuses pour l’Expérience ? Ou ses parents étaient-ils simplement morts ? On lui répondit un mot qui n’avait aucun sens dans la bouche des employés de l’hôpital. « Accident ». Allons bon, on allait lui faire croire ça ? Il y avait beaucoup plus de chance de croire qu’ils étaient morts en entre-tuant au bord d’une falaise plutôt qu’à cause d’un « accident ».

A cette pensée, Andrew eut un élan de compassion. Lui aussi avait perdu son père dans un « accident » comme sa mère l’avait abandonné à l’Expérience. Il s’était retrouvé orphelin, sans rien ni personne vers qui se tourner, seul au monde dans sa nouvelle peau de vampire à laquelle il aurait aimé échapper à l’époque. Et le voilà qu’il devait s’occuper de cette orpheline. Le destin voulait-il s’acharner sur lui ? Peut-être.


***

Ne sachant trop où déposer le couffin où était emmitouflée la petite, il le laissa au sol le temps d’aller aménager un semblant de chambre dans une pièce qui lui servait en général de placard bordélique. Cela ferait l’affaire pendant qu’il lui fasse une chambre décente. Mais alors qu’il était en train de ranger la pièce, des sanglots en provenance du couffin se firent entendre : le bébé pleurait. Pestant envers cet objet de torture auditive, il quitta la pièce pour aller voir la petite.

« Sale microbe, tu ne peux pas te taire ? Je te signale que j’ai déjà assez affaire avec ta chambre. » râla Andrew envers la gamine qui, se semblant pas comprendre la signification du verbe « se taire », redoubla l’intensité de ses pleurs. « Qu’est-ce que tu veux, enfin ? Merde. »

Andrew souleva le bébé entre ses mains et le mit à hauteur de son visage. Pas très pédagogue, le père, mais il faisait à sa manière. Sous les pleurs, il perçut un autre bruit, celui des grognements qu’émettait l’estomac du môme, réclamant de la nourriture.

« Tu commences déjà à me saouler, tu le sais ? » soupira le vampire en déposant à nouveau la petite dans son berceau.

Heureusement que parmi les choses qu’on lui avait remises avec le paquet se trouvaient du lait en poudre et un biberon en verre. Il s’empara de ces deux choses et alla dans la cuisine pour préparer un biberon. Comment ils faisaient, déjà, à la nurserie ? Andrew avait déjà assisté à l’allaitement de bébés au biberon par les infirmières de l’hôpital mais n’avait porté grande attention à la manière de le faire. Si j’avais su, j’aurais pris des notes.

Avec ses souvenirs les plus fiables, il tenta de faire ce satané biberon tandis que le bébé pleurait sans cesse. De l’eau, puis deux cuillères de lait en poudre, on mélange, on ferme le biberon, et on le met à chauffer.

« La ferme, tu me casses les oreilles ! » vociféra le médecin, en grand manque de patience. « Pourquoi ce biberon ne chauffe pas plus vite ? »

Lorsqu’enfin il fût assez chaud, il le prit et alla chercher la gamine. Une fois installé dans un fauteuil, il lui donna le biberon, soulagé de ne plus l’entendre hurler à la mort. La petite buvait avidement le contenu de son récipient, visiblement affamée. Cela fait combien de temps qu’ils ne lui ont pas donné à manger ? ne put-il s’empêcher de penser.

Tout en observant le petit rejeton qu’on lui avait confié, il se demandait comment il allait pouvoir l’appeler. Si elle avait été un garçon, la question ne se serait même pas posée : il l’aurait appelé Andrew. Sauf qu’Andrew n’était pas mixte. Mais à défaut de pouvoir choisir ce prénom, il en voulait un qui lui rappelait le sien. Un prénom qui commençait par les mêmes lettres… Andreas ? Pourquoi pas ! C’est mixte, et de plus seuls le A et le S diffèrent de son prénom d’origine.

« Tu t’appelleras Andreas, morveuse. Andreas Andrew Baskerville. Tu as intérêt à être à la hauteur de mon nom de famille que j’accepte de te céder. N’est pas Baskerville qui veut. »

Alors que la petite finissait se boire, elle ouvrit ses grands yeux bleus et fixa son père de substitution comme si elle avait compris le sens de cette étrange maxime. Elle sera une Baskerville au moins jusqu’à ses neuf ans. Par la suite, son hybridation décidera de si elle le restera définitivement ou non.

En prenant conscience de sa paternité nouvelle, il pensa à son père, partit trop vite contre sa volonté. Son père, qui peut-être serait fier de lui à l’heure qu’il est.

« J’ai changé d’avis. Au final, tu t’appelleras Andreas Aaron Andrew Baskerville. » annonça-t-il en souriant faiblement. « Ce nom t’ira à merveille, Andreas. »

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MessageSujet: Re: Quand on rembobinne la cassette...   Dim 15 Nov - 14:07

Un jour de repos

Andrew profitait d’une des seules journées de congés que lui octroyait l’hôpital. Pour une fois, il avait fait la grasse matinée, sûr de ne pas être embêté par Andreas qui serait occupée avec son précepteur. Cet investissement lui permettait de profiter plus librement de son temps libre ; il ne le regrettait absolument pas !

« Revenez ici, mademoiselle ! » s'époumona le précepteur.

Enfin, presque…

« Dans tes rêves, chien galeux ! » répliqua Andreas en criant. « Retourne donc manger tes puces ! »

Andrew roula des yeux et s’extirpa de son lit pour aller s’habiller. Même aujourd’hui, il ne pourrait pas profiter d’une journée de repos bien méritée puisqu’Andreas avait décidé de faire des siennes malgré les avertissements qu’il lui avait donné la veille quant à son comportement aujourd’hui. Mais visiblement, cela ne suffisait pas, et les pas de la jeune hybride résonnèrent dans les escaliers tandis qu’elle s’enfuyait dans sa chambre, échappant à son précepteur qui était resté dans le salon, là où avaient lieu ses cours quotidiens.

Il sortit ensuite de sa chambre en enfilant un T-shirt qui s’accordait avec le sarouel qu’il portait déjà. Même dans cette tenue qu’on pouvait qualifier de négligée, le Baskerville en imposait toujours autant. Il passa une main dans ses cheveux ébouriffés pour les tirer en arrière afin d’adopter un air un peu plus digne et alla rejoindre le précepteur pour s’excuser du comportement indigne de sa fille.

Il s’élança ensuite dans les escaliers empruntés plus tôt par Andreas pour aller la rejoindre dans sa chambre dont il poussa la porte pour y pénétrer. Il y découvrit sa fille dos à lui, la fermeture de sa robe défaite, laissant voir la peau de son dos où plusieurs marques de son hybridation s’étendaient des omoplates au milieu du dos.

« Je n’y retournerais pas. Il n’est pas pédagogue du tout. Désolé Père. Il a été doué pour m’apprendre les bases, mais j’en ai marre qu’il me considère encore comme une petite enfant à qui on apprend à lire et à écrire. » dit-elle sans se retourner.

Elle alla ensuite s’allonger dans son lit, ses joues baignées de larmes. Elle prit de nouveau la parole avant qu’il ne puisse s’exprimer :

« Je suis une Baskerville, mais c’est trop dur, il m’en demande trop, comme si je devais être parfaite dès le début. Même vous Père ne m’en demandez pas autant, et Dieu sait pourtant que vous êtes sévère, mais avec lui je devrais déjà exceller dans tout, je ne peux plus suivre. J’arrête, désolée de ne pas être à la hauteur de vos espérances. »

Andrew poussa un soupire. Sa transformation avait influencé son comportement et ses sautes d’humeurs, qui ne manquaient pas de surprendre les gens y étant confrontés. Aujourd’hui ne devait pas manquer non plus, et le vampire se demanda comment il devait prendre son lunatisme du jour. Sans nul doute, son dos la faisait souffrir, alors il prit un sachet de calmant dont il vida le contenu dans un verre et qu’il remplit d’eau avant de lui apporter. Andrew n’aimait pas ce genre de médicament et n’y avait recourt que rarement, mais il estimait que la crise d’aujourd’hui était assez forte pour pouvoir l’utiliser.

Andreas était dos à lui, reniflant de temps à autre pour tenter de retenir ses larmes et de se calmer sans grand résultat. Piquer une colère sur elle ne ferait qu’aggraver les choses, alors Andrew ne dit rien et tendit simplement le verre à sa fille pour qu’elle le boive. Une fois qu’elle l’eut fait, il reprit le verre et le déposa sur sa table de chevet.

Enfin alors, il prit la parole, d’une voix posée :

« Je sais que ce qu’il te demande est compliqué et que tu n’y vois pas forcément d’intérêt, mais il le fait pour ton bien, comme moi je l’ai engagé pour ton bien. Tu es une fille intelligente Andreas, tu es capable d’apprendre ce qu’il t’enseigne, j’en suis persuadé, il suffit juste que tu t’en donnes les moyens. Mais tu as assez fait des tiennes aujourd’hui, je te laisse te reposer. Demain je veux que tu ailles t’excuser auprès du précepteur, sans quoi c’est moi qui vais râler. C’est bien clair ? »

Andrew attendit le consentement de sa fille avant d’embrasser sa tête en signe de réconfort et de quitter la pièce pour la laisser se reposer. Ses crises furent loin de cesser au fur et à mesure du temps, mais le père savait comment les gérer et faisait son possible pour qu’Andreas puisse grandir normalement.

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MessageSujet: Re: Quand on rembobinne la cassette...   Dim 15 Nov - 21:23

Le bruit du tonnerre et de la pluie battante

Vingt-trois heures sonnaient ; Andrew bailla. Voilà plusieurs heures qu'ils rédigeaient ses rapports d'expérimentations de la semaine, et il n'en voyait plus le bout. Depuis quelques temps, les cobayes défilaient sur le billard, et parfois certains y laissaient leur peau. Dans qu'ils vivent ou non, chaque nouveau vampire et hybride avait le droit à son rapport.

Le médecin laissa reposer son crayon sur sa table, ne prenant pas la peine de finir la phrase qu'il était en train de rediger. Il se leva et étouffa un autre bâillement avant de sortir de son bureau en éteignant la lumière, puis il se dirigea vers sa chambre. En passant dans le couloir, il remarqua que la pluie créait un rideau opaque qui l'empêchait de voir au-delà de lui, chose à laquelle il n'avait pas prêté attention dans son bureau et qui ne l'affecta pas outre mesure.

A l'heure qu'il était, Andreas devait déjà dormir, l'orage ne devrait donc pas la déranger. Sur ses pensées, Andrew intégra son lit et s'allongea sur le flanc avant de fermer les yeux, s'assoupissant légèrement.

Mais alors qu'il somnolait, il entendit la porte de sa chambre grincer légèrement en s'ouvrant, et des pas se glisser dans la pièce sur la pointe des pieds, veillant à faire le moindre bruit possible. Andrew fronça les sourcils, l'esprit embrumé par le sommeil, mais finit par ouvrir un œil en reconnaissant le corps de sa fille s'allonger près de lui, sentant la peur à plein nez.

Il se retourna pour faire face à Andreas, qui, comme si cela pouvait rendre invisible sa présence, remonta la couverture jusqu'à son nez.

« Tu ne dors pas ? » commença-t-il. « Pourquoi tu es venue ? »

Andreas releva les yeux vers lui, visiblement peu rassurée. Avait-elle peur de se faire réprimander ? Mais au final, elle murmura tout de même d'une voix mal assurée :

« Je peux dormir avec toi cette nuit ? »

Andrew haussa les sourcils. Au même moment, un éclair illumina la pièce telle un flash, tandis que le tonnerre grondait, faisant couiner la jeune fille de peur.

« Je vois. » fit le vampire.

Andreas avait peur de l'orage, ce qui fit soupirer Andrew. La jeune fille allait sur ses onze ans, et il pensait être débarrassé de ce genre de phobie enfantine, mais apparement non.

« S'il te plaît papa... » insista la jeune hybride.
« Ce que tu peux être embêtante quand tu le veux. » râla Andrew.

Lui avait besoin de sommeil et n'avait pas envie de veiller sur sa fille jusqu'à ce qu'elle s'endorme, mais face à la crainte que laissaient transparaître ses yeux, il dût se résigner. Le lendemain Andreas avait une grosse journée qui l'attendait, et il ne se voyait pas lui crier dessus dès le matin pour qu'elle s'active si elle n'avait pas dormi de la nuit.

« Ca va pour une fois, mais à l'avenir j'aimerai que cet épisode ne se reproduise plus. » prévient-il.

Le soulagement prit place à l'inquiétude que les traits d'Andreas. Se rallongeant correctement, Andrew se remit dos à elle pour se rendormir. Mais le corps chaud de la jeune fille vint se blottir dans son dos, cherchant un contact physique avec lui, sûrement pour se rassurer. Soupirant une énième fois, le médecin se retourna à nouveau et laissa sa fille se blottir entre ses bras chauds. La serrant contre lui, il ferma les yeux, et s'endormi avec Andreas, oubliant le bruit du tonnerre et de la pluie battante.

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