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 •• Memories of a silly artless girl

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Anneliese Lipschitz
Litchi


Présages :
261

Race  :
Humaine.. mais pour combien de temps encore ?

Métier  :
Etudiante

Nationalité  :
Allemande

Inventaire  :
Un trousseau de clés menant nulle part, des galets, un collier Nerfititi

Réputation  :
13 points.

Interne depuis le  :
12/06/2015


MessageSujet: •• Memories of a silly artless girl   Ven 17 Juil - 16:40


   

   
« Le commencement »
Vingt-et-un avril 1932
1
La sage-femme ressentit un pincement au cœur en épongeant le sang qui souillait le crâne du nourrisson. Il y avait eu des complications à la naissance, il était encore impossible de savoir si l'enfant passerait la nuit.. Ou survivrait à sa première semaine sur terre.

On renifla faiblement dans son dos, mais l'infirmière n'eut guère besoin de se retourner pour reconnaître les sanglots silencieux d'une mère éreintée. A bout. Désespérée. C'était l'habitude. Elles réagissaient toutes de cette même manière, presque insatiablement : il y avait tout d'abord la crainte, la douleur - et ce n'était ensuite qu'après quelques secondes d'une quiétude pesante, très vite brisée par les hurlements du bambin, que venait de nouveau l'appréhension.

« C'est une adorable petite fille.. »

L'aide-soignante ne saurait dire si ses paroles consolèrent la femme, car seuls des pleurs lui répondirent, à semi-étouffés contre la couverture de laine chaude. Elle déposa précautionneusement le bambin dans les bras de sa mère, prenant soin de ne heurter ni la petite tête ni le torse fragile, avant de se saisir du formulaire. La génitrice sembla comprendre la demande muette puisqu'après quelques instants passés à considérer la créature ingénue reposant contre sa poitrine, elle murmura : 

« L-Liese. Anneliese.. Anneliese Lipschitz. »

Si elle se contenta de hocher la tête en inscrivant le prénom dans la case prévue à cet effet, l'infirmière ne put retenir un sourire amer. Voilà qui devait rassurer l'accouchée : si cette petite fille survivait assez longtemps, elles n'auraient jamais à s'inquiéter outre-mesure.. Elles.

• •

Le Docteur continuait d'observer les deux endormies à travers la vitre épaisse du hublot. Sans un bruit, sans un mot. Ses yeux sombres ne parvenaient plus à se détacher de la petite figure emmitouflée dans une couverture couleur crème : cet enfant n'était pas comme les autres. Ce n'était pas le leur, mais le sien.

Des cris de douleur s'échappaient d'une chambre voisine, le forçant même à faire quelques pas afin de s'éloigner de leur provenance, mais aucun rugissement, aucune supplication, ne semblait suffire à rompre le sommeil dans lequel elles étaient plongées.

Lorsqu'il se détourna de la glace, repositionnant le masque qui couvrait le bas de son visage, Aloïs sentit un sentiment étrange l'envahir. Et tandis qu'il parcourait la distance le séparant de son laboratoire de recherches, le Docteur se surprit à contourner les ailes fréquentées de la pouponnière.


Aucun des enfants nés en ce jour ne fut sélectionné.


▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬▬



Dernière édition par Anneliese Lipschitz le Ven 17 Juil - 19:37, édité 8 fois
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Anneliese Lipschitz
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12/06/2015


MessageSujet: Re: •• Memories of a silly artless girl   Ven 17 Juil - 16:50


   
« Première découverte »
Trois janvier 1940
1
Les orbes couleur jade se posèrent sur le bureau de chêne qui lui fai-
sait face. Il était inoccupé, mais dans un sacré désordre : une grande pile de papiers qui devait faire plus de deux fois sa taille menaçait de s'effondrer à tout instant tandis qu'une multitude de dossiers étaient éparpillés ça et là. Liese hésita un instant sur la marche à suivre avant de s'avancer vers la table, comme hypnotisée par ce qu'elle allait découvrir. 

Si l'enfant s'attendait à tomber sur les drôles de fioles avec lesquelles jouait son père la veille, elle fut déçue. Il n'y avait là que des listes : de noms qu'elle n'avait encore jamais vus auparavant, et de choses compliquées qu'une fillette de son âge ne pouvait comprendre. Brusquement, son regard olive fut attiré par un dossier rouge et pour cause, il s'agissait du seul à avoir été refermé. Ses petits doigts s'emparèrent de la couverture - et très vite la chose fut entre ses mains.

Sur les feuilles se trouvaient une multitude de symboles et de lettres qui lui étaient inconnus. Les idéogrammes étaient accompagnés de dessins, barbouillés de notes, de ratures, de correcteur. Et enfin, il y avait les photos. Celles d'un petit garçon dont l'âge ne devait guère excéder le sien..

« Liese ! Je t'ai déjà dit que tu n'avais rien à faire ici. Et je t'interdis de toucher à mes affaires ! »

La fillette n'eut pas le temps de reposer l'étrange album que son père le lui arracha des mains, l'air plus fâché que jamais. Il avait cette fois-ci quitté sa blouse blanche, bien que les cernes noires entourant ses yeux rouges et sa barbe de trois jours ne le trahissent. Papa était un homme de sciences - un scientifique de renom comme le disaient les grandes personnes. Liese, elle, n'était encore qu'une enfant. Sage, gentille. Obéissante. 

Et c'est pourquoi lorsque son père lui ordonna d'oublier tout ce qu'elle avait vu - ou plutôt, avait cru voir ; elle s’exécuta sans un mot. Les images horribles de ce petit garçon martyrisé ne la dérangèrent plus jamais.

Que la vie est facile, lorsque l'on a bientôt huit ans..

• •

Il y avait quelque chose d'étrange dans la manière dont les portes de la salle d'examen s'ouvraient sans jamais relâcher les personnes qui en franchissaient le seuil. On n'y envoyait que des enfants - des êtres chétifs qui ne posaient aucune question lorsque les 'médecins' leur intimaient de les suivre en ne faisant aucun bruit.

Il était l'un des leurs. Habillé d'une blouse trop blanche pour appartenir à un pédiatre, et trop élimée pour n'avoir servie qu'une fois, l'homme se tenait à côté du registre, prêt à annoncer les noms qui défileraient tout au long de la journée. Il échangea un dernier mot avec l'infirmière de service, lui donnant pour directive de faire rentrer les gamins par paquets de six en s'assurant bien, cette fois, que la porte ne laissait échapper aucun son. Ce n'était pas la consigne habituelle - les mômes entraient le plus souvent à deux dans la pièce : ils étaient ainsi en confiance et au cas échéant, les rebellions demeuraient faciles à étouffer.

Mais les choses changeaient. Si là-bas, on préférait - paraissait-il, les adultes aux mioches larmoyants qui leur claquaient le plus souvent au doigt, ils avaient reçu pour ordre d'en fournir au plus grand nombre possible.

« Monsieur.. »

Il leva la tête et remarqua que les premiers de la liste étaient déjà arrivés. Quatre bruns, un châtain et un roux. Assez petits et âgés d'environ douze ans : il y en avait deux qui étaient franchement maigrichons, un d'une corpulence imposante et les autres plus ou moins normaux. Tous, malgré un regard de défi lancé par celui qui semblait être la tête de meute, inspectaient la salle d'examen avec appréhension, frémissant devant l'étalage d'instruments chirurgicals et se regardant entre eux en chiens de faïence.

Les tests pratiqués n'étaient devenus que pure mise en scène: quelque soit les résultats, ils y partiraient tous jusqu'au dernier. C'était ainsi qu'allaient devenir les choses: les enfants en premier, puis leurs frères et soeurs, et enfin les parents. Il ne fallait également se faire aucune illusion quant à leurs sorts : il avait eu le privilège d'y accéder une fois, lui, et comble de malchance il s'était retrouvé face au mioche qu'il avait sélectionné quatre jours auparavant.

Ce n'était plus le même. L'éclat de ses grands chocolat étaient devenus ternes et son visage s'était creusé d'une manière anormale en ce court laps de temps : le sommet de son crâne semblait être fait d'une paroi si fine que l'on distinguait ses tempes. La vision de ce corps rachitique n'avait duré qu'un court instant - le personnel s'était empressé de clore la porte en lui assurant qu'il ne s'agissait là que d'un effet secondaire, mais pourtant l'aide-soignant savait qu'elle ne le quitterait jamais plus.

Il n'avait jamais parlé de cela à quiconque - on le lui aurait fait payer, et à sa plus grande surprise, il fut même nommé superviseur de la pré-sélection.
Si l'homme voulait survivre il n'avait qu'une chose à faire : feindre de ne pouvoir répondre aux questions de ses subalternes, ne pas chercher à remettre en question les ordres donnés - et surtout, ne jamais s'attacher plus-que-de-raison à une de ces gosses.

« Retenez les numéros que je vais vous donner : car c'est à cela que vous répondrez dès-à-présent. Ulrich Vikken - numéro neuf cents cinquante-deux.Maxence Berger - neuf cents cinquante-trois. Evelyn Crawford - neuf cents cinquante-quatre. »

Les chiffres défilèrent ainsi pendant près d'une minute et un simple regard lui apprit que la moitié serait bien incapable de les restituer correctement.

Tant pis.

Ils auront bien le temps de les leur apprendre, là-bas. Il avait d'ailleurs ouïe-dire qu'ils avaient trouvé un nouveau vaccin, un truc constitué de composants dont les noms lui échappaient totalement.

Tant mieux.

Peu importe ce qu'ils cherchaient à faire.


Ca signifiait que les aller-simples dans le centre allaient
bien finir par s'arrêter, hein ?



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